et c'etait bien trouve ! bien formule en fait car je l'avais deja trouvee depuis longtemps : cette necessite d'etre en accord avec son absence lorsque l'on decide de partir. Ou, plutot, je me fichais de cette absence, ce n'etait pas moi qu'elle concernait, je restais concentree sur ma presence au Monde etc... (bien-sur j'ai commence a voir ce qui me concerne ou pas depuis un autre angle et meme un autre plan, peut-etre le sujet d'un prochain message)
Ces quelques lignes ici me viennent directement de ce conseil que l'on m'a donne et qui, de prime abord, m'a fait sourire : il vient d'une amie, il est bien intentionne et puis ca fait toujours plaisir de lire ces amis.
C'est parce que je ne lisais pas mes amis francais (rencontres il y a longtemps en France et frequentes avec assiduite pendant des annees, ces AMIS j'entends) que je m'etais plainte, de maniere faussement deguisee et toujours par Internet interpose, d'etre a l'abandon et a l'oubli. D'ou le message de reconfort "mais non on ne t'oublie pas, t'es bete." et l'eternelle blague "c'est toi qui a decide de partir si loin, si longtemps, assume !"
A seconde lecture mon sourire se deforme, il verse en vraie nostalgie.

Oui j'ai decide et oui j'assume, qu'y a-t-il a assumer d'ailleurs ? Je ne percois ni le "loin" ni le "longtemps". Cette decision est positive et coherente, elle me grandit et me fleurit. Or cette nouvelle experience, enrichissante et revelatrice, ouvre, je suppose, quelques nouvelles portes. Celle de la reverie nostalgique par exemple.

Ma premiere reaction fut aussi idiote que previsible :

"Comme si je ne savais pas ! Comme si je n'assumais pas ! Comme si je n'avais jamais voyage !!! J'ai passe plus de deux ans en Asie, un an entre mer et terre, cap Ouest et Sud, et entre ces deux voyages j'ai gratouille les cartes d'Europe au crayon, au sac a dos, en stop, en bateau etc... si il y a bien une chose que j'assume, c'est partir !" Arrogance caractereistique dont je tente de me decaracteriser ! En fait, depuis le Nicaragua, et pour la premiere fois je crois, je pense a Ceux que j'ai laisses dans le desir d'etre avec Eux, de ne pas perdre a nouveau une annee d' ETRE ENSEMBLE. ["Laisser" en francais ca sonne comme abandonner quelque chose ou quelqu'un ; "dejar" -sa traduction litterale espagnole- englobe aussi l'idee de se priver, de cesser (en fonction du contexte bien-sur). Ce que je laisse je me l'abandonne et je me l'ote en quelque sorte.]

Alors je m'enquiers...

Que me repond-on ?

- que ce n'est pas parce qu'on ne m'ecrit pas qu'on ne pense pas a moi. (suis extremement mal placee pour refuter un tel argument, m'en suis servie sans economie !) D'accord mais j'encheris : le fait d'ecrire avive la pensee !
Si je pense a toi sans y penser, vaguement, un peu tout le temps, alors je ne peux pas t'oublier, tu es au chaud dans ma memoire passive d'ou tu sortiras quand je te reverrai et nous aurons tant a nous raconter.
Oui mais si je prends le temps (la ou parfois il n'est pas, debusque derriere les buissons-paresse et la montagne-obligations) de t'ecrire, soudain je te recree, je te rene des cendres de ton depart. A l'instant ou je t'ecris je te fais etre avec moi, comme a l'instant ou tu me lis tu m'as a tes cotes, si pres, si intime. Les mots sont choisis, car d'un ami a l'autre l'histoire se deroule selon la langue, la personalite, les anecdotes partagees. La memoire devient alors active sans meme y peiner, le fait que je t'ecrive attise un feu sous la marmite de ce que j'ai a te dire : ca bout, ca coule, ca se devore jusqu'a plus soif. (Peut-etre ignorais-je cette soif ? L'appetit vient en mangeant.) Sommes quitte pour un long silence de digestion...
Il est vrai que les mots sont rarement a la hauteur des pensees, mais ils peuvent etre les tremplins pour que ces dernieres s'elevent encore ou evitent de retomber au ras des wagonnettes... du train train des "pas la peine que jte dise pisque tu sais". L'habitude l'attente qui conduisent a l'oubli i.e. la resignation.

Je ne voulais pas mettre l'emphase sur mon eloignement geographique, devais juste poser des mots sur un instant et une emotion, l'envie de savoir ce que font mes proches ; la curiosite de comprendre pourquoi mes autres amis m'ecrivent et les francais rencontres en France non.

on me dit aussi que
-Rien ne change sur place, rien ne saurait m'interesser autant que ce que je decouvre ici, les lieux, les gens, les choses et les phenomenes demeurent ceux que j'ai connus et vecus et partages en France. Rien a raconter, rien a signaler.
Et encore du malentendu ! Je veux continuer de savoir qui a ete le boulet de la soiree, qui a fait la gaffe du siecle au bureau, qui a invente la meilleure vanne, qui cuisine qui tombe malade, qui tombe amoureux/se et qui reste invariablement le/la meme, qui rencontre qui dans le metro qui s'emeut pour rien qui pleure et qui rit pour des conneries, le meilleur film le pire bouquin, un resto un piquenique dans la neige, un tour en velo et de grandes dispositions, des presque resolutions, qui arrete de fumer ? qui va enfin demissionner ? qui fait des bebes ? qui repeint sa chambre ou sa cuisine, qui a casse la voiture, qui a raconte a qui que l'autre avait dit ca ?! qui a pris des kilos et qui s'est coupe les cheveux, qui en a marre des pizzas et qui par en week-end a Etretat !   
A mon retour on vivra le present, on ne passera pas des heures a se montrer des photos de ce qu'on n'a pas vu ensemble. C'est la que les mots seraient les plus lourds et les moins utiles, pas maintenant au moment ou ils calquent ce qui se passe.

Si l'envie y est, le fait de raconter a son ami(e) eloigne(e) ce que l'on vit et comment on le vit permet a l'Autre -autant qu'a soi- de sublimer la geographie, d'etre la en (invisible) presence et en partage, ainsi a son retour il/elle reviendra de moins loin.

Et si l'envie n'y est pas, peu importe, l'on vivra quand-meme la joie des retrouvailles quand nous nous retrouverons.

Je n'ai pas fini, c'est un peu confus j'ameliore et conclue demain (si nous avons Internet et electricite) tombe de sommeil et dois me replier sous ma moustiquiaire car avec la pluie d'aujourd'hui tout ce qui vole, grouille et pique s'est refugie dans la maison... et je crois qu'il veulent ma peau !!